Wednesday, July 31, 2013


AM | @HDI1780

"...on lit encore les anciens, mais on ne les étudie plus" — Gibbon

Why do so many works of the Enlightenment yield so few references, quotes and footnotes? Histoire des deux Indes is a case in point. Raynal does cite some of his sources, but the harvest is far from plentiful, considering the enormous size of his ouvrage. Some big names are acknowleged, both from Anciens (Thucydides and Polybius) and Modernes (Locke and Montesquieu). Vanity, no doubt, played a major role. In some cases, prudence dictated a considerable dose of discrétion with sources. Helvétius, for one, told Hume that fear of censorshisp had prevented him from quoting the Scottsman more often in De l'esprit. The same principle is clearly at work in Río de la Plata prior to 1810.

* * *

But here's a complementary hypothesis: many authors wanted to avoid the stigma attached to what young Edward Gibbon called "le nom flétrissant d'érudit". In his Discours préliminaire, d'Alembert notes that "[le] mépris est aujourd'hui retombé sur l'Erudition". This is surely the reason why Turgot's well-known latin verse about Benjamin Franklin —Erupuit coelo fulmen, sceptrumque tyrannis— is quoted in French, while its author is not even mentioned:


In his youthful and remarkable Essai sur l'étude de la littérature (1761), written in French, Gibbon takes the side of érudits, and blasts d'Alembert's notorious suggestion that there should be an annual stock-taking of the annals of the past, with the rubbish being committed to the flames:

Remarque sur une idée de M. d'Alembert. LIII. Ne suivons point le conseil de cet écrivain qui unit, comme Fontenelle, le savoir & le goût. Je m'oppose, sans crainte du nom flétrissant d'érudit, à la sentence, par laquelle ce juge éclairé, mais sévère, ordonne qu'à la fin d'un siècle on rassemble tous les faits, qu'on en choisisse quelques uns, & qu'on livre le reste aux flammes. Conservons-les tous précieusement. Un Montesquieu démêlera dans les plus chétifs des rapports inconnus au vulgaire (p. 72).

The half-polémique Gibbon-d'Alembert is thus a useful reference for those who wish to understand the paucity of quotations in Histoire des deux Indes and other books (*). And although Mariano Moreno's reasons are somewhat different —he rejected scholarship in order to create a republican vocabulaire—, he too felt the weight of d'Alembert's rejection of scholasticism.

(*) See W.B. Carnochan. Gibbon's Solitude. The Inward World of the Historian (Stanford University Press, 1987); Roy Porter. Gibbon. Making History (London: Orion Books, 1988, pp. 54-57); "The Enlightenments of J. G. A. Pocock": Two reviews of John G. A. Pocock, Barbarism and Religion, Vol. 1 The Enlightenments of Edward Gibbon and Vol. 2 Narratives of Civil Society (Cambridge: Cambridge University Press, 1999).

Monday, July 29, 2013


AM | @HDI1780

"...cette multitude de contreforces" — Mably

Raynal a-t-il lu les Doutes proposés au philosophes économistes sur l'ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1768) de l'abbé Mably ? Sans doute ! Le chapitre 35 du Livre XVIII reproduit l'expression-clé du livre, à savoir le « système des contre-forces » (p. 185).  Mais il ne s'agit pas seulement d'une question de vocabulaire. En effet, l'Histoire des deux Indes reprend l'argument envisagé par Mably sur l'origine du système des contre-forces : l'inégalité dans la distribution de la propriété. Quelques chapitres plus tard, Diderot étend cette idée à l' « inégalité naturelle » (force, talents, etc.).

* * *

Ces textes de Mably (Lettre X, p. 312), Raynal (HDI 1780, xviii.35) et Diderot (HDI 1780, xviii.42) constituent la clé de voûte de la pensée de James Madison dans le Fédéraliste No. 10. L'inégalité sera toujours là ; il est inutile de nier son existence ; seules les contre-forces peuvent en modérer les effets pervers. Mais alors que Mably rêve d'utopies rétroactives et méprise le commerce, l'HDI fait l'apologie de la « communication des peuples » ; plus modernes, Raynal et Diderot refusent de parler de « gouvernement mixte ». Et si Mably défend l'idée d'un pouvoir exécutif collégial, l'Histoire des deux Indes anticipe le Fédéraliste et la nécessité d'un exécutif unipersonnel.

Certes, Madison ira encore plus loin que Raynal et Diderot : car il entrevoit, à partir de ces mêmes idées, la possibilité d'une république à grande échelle. Mais n'oublions pas Mably pour autant !

Friday, July 26, 2013


AM | @HDI1780

John Adams writes to Guillaume-Thomas Raynal from Amsterdam in early 1782. Raynal is already in his Belgian exile. (I am reproducing the text and footnotes from the magnificent online collection of the Massachusetts Historical Society).  After Yorktown, the tone had changed with respect to Histoire des deux Indes: American revolutionaries were casting a critical eye over many passages written by Raynal on North America in Book XVIII. Paine, Mazzei, Washington and Jefferson would soon follow in Adams' footsteps.

* * *

Note the use of the word "pathetic", which corresponds to the more inspiring French pathétique [see]. Among the founders of the new republic, Histoire des deux Indes only mentions five men: "Hancok (sic), Franklin, les deux Adams furent les plus grands acteurs dans cette scène intéressante: mais ils ne furent pas les seuls" (xviii.45); a little later we read about "Leur chef, Wasington (sic)" (xviii.46). This may have infuriated Thomas Jefferson, because the mentions come just before the translation of the Declaration of Independence, with no reference to its main author [see]. Here's a link to Staatsomwenteling van Amerika, the Dutch translation mentioned in the letter.

To the Abbé Raynal
Author: JA
Recipient: Raynal, Guillaume Thomas François, Abbé
Date: 1782-01-05

Amsterdam January 5. 1782

Dr Sir

I have the Honour to transmit you, the Revolution of America, translated into the Sublimest Language of Europe, if we are to believe the People of the Netherlands, who alone understand it. The Compliment paid to four Characters among whom I am Supposed to be one in this History, no doubt induced the Editor to dedicate it {p. 172} to me: be this however as it may, I would not exchange the Small Share which belongs to me in that pathetic Testimony from So distinguished a Friend of Truth, Liberty and Humanity, for a Statue of Bronze or Marble to be erected in honour of me, by the first Monark of the World in the Market street of Philadelphia.1

I am however, very unhappy to find so many Mistakes in Point of Fact, because coming from so great an authority they will be taken for certain, and have an ill Effect.2

My Friend Edmund Jennings Esqr, a Gentleman whose Principles Sentiments and Disposition I think will be agreable to you, will have the Honour to deliver you this Letter.3 He resides at Brussells, and is very agreable Company.

LbC Adams Papers.

1. Abbé Guillaume Thomas François Raynal, Staatsomwenteling van Amerika. Uit het Fransch, Amsterdam, 1781. Two copies are among JA’s books at MB ( Catalogue of JA’s Library ). For the various printings and translations of Raynal’s work, see vol. 10:405. The dedication reads, “Zyner excellentie John Adams schildknaap gevolmagtigden staatsdienaar der vereenigde staaten van Amerika, edelmoedigen bevorderaar van de onafhanklykheid dier volkplantingen, wordt dit werk onderdaanigst opgedraagen, door zyner excellentie’s Zeer eebiedigenden Dienaar willem holtrop.” Translation: To his Excellency, John Adams Esqr., plenipotentiary officer of the United States of America, noble proponent of the independence of those colonies, this work is most humbly dedicated, by his Excellency’s very respectful servant Willem Holtrop. Raynal’s attribution of the leading roles in the adoption of the Declaration of Independence to John Hancock, Benjamin Franklin, and the two Adamses appeared on p. 76 of the Dutch edition.

2. See On the Abbé Raynal’s Révolution de l’Amérique, 22 Jan., below.

3. JA enclosed this letter in one to Jenings that has not been found (from Raynal, 18 Jan., below).

Tuesday, July 23, 2013


« Les révolutions du langage » — Condorcet

AM | @HDI1780

L'article ENCYCLOPÉDIE de Diderot contient de nombreuses références au processus de formation d'une langue. Une langue est un phénomène vivant, dynamique, sans cesse rénvové selon les circonstances et selon le rythme des progrès de l'esprit humain :

* ENCYCLOPÉDIE, s. f. (Philosoph.) Ce mot signifie enchaînement de connoissances ; il est composé de la préposition grecque ἐν, en, & des substantifs ϰύϰλος, cercle, & παιδεία, connoissance [...] Notre langue est déjà fort étendue. Elle a dû, comme toutes les autres, sa formation au besoin, & ses richesses à l’essor de l’imagination, aux entraves de la poésie, & aux nombres & à l’harmonie de la prose oratoire. Elle va faire des pas immenses sous l’empire de la Philosophie [...] Sur la seule comparaison du vocabulaire d’une nation en différens tems, on se formeroit une idée de ses progrès [...] inventer une infinité de signes.

Il survient chez tous les peuples en général, relativement au progrès de la langue & du goût, une infinité de révolutions légeres, d’évenemens peu remarqués, qui ne se transmettent point : on ne peut s’appercevoir qu’ils ont été, que par le ton des auteurs contemporains ; ton ou modifié ou donné par ces circonstances passageres [...] Le bon esprit qui recueille ces expressions, qui saisit ici une métaphore, là un terme nouveau, ailleurs un mot relatif à un phénomene, à une observation, à une expérience, à un système, entrevoit l’état des opinions dominantes, le mouvement général que les esprits commençoient à en recevoir.

Ces révolutions rapides [...] C’est la chaleur de l’imagination & la méditation profonde qui enrichissent une langue d’expressions nouvelles.

* * * 

Dans un compte-rendu du livre de Jean-Louis De Lolme, un Journal historique dédié à l'affaire Maupeou remarque en 1771 que « l' Écrivain s'est quelquefois permis des termes nouveaux, non par un néologisme ridicule, mais pour mieux rendre sa pensée & lui donner plus d'énergie : ce qui arrive presque toujours » (p. 238). Dans son « Discours prononcé dans l'Académie françoise, le jeudi 15 juin 1785 », André Morellet, qui en 1769 avait lancé le Prospectus d'un nouveau dictionnaire de Commerce, se vante d'avoir eu à « rectifier & compléter le vocabulaire de cette science » (p. 7).

Et puis Condorcet parlera des « révolutions du langage, révolutions qui sont liées avec l'histoire des opinions & celles des progrès de l'esprit humain » (p. 17). Ces citations nous permettent de mieux cerner l'objectif poursuivi par Mariano Moreno au Río de la Plata alors qu'il traduit, réécrit et paraphrase des centaines d'expressions françaises — beaucoup d'entre elles tirées de l'Histoire des deux Indes [voir] (*). En effet, Moreno est en train de créer un langage. Plus précisemment, il crée un vocabulaire républicain qui, à l'horizon 1810, n'existe toujours pas en espagnol.

Révolution du langage !

Deux remarques :

(1) L'Histoire des deux Indes est une importante source de vocabulaire (je pense notamment à la « régénération », à Moreno, à Jovellanos). Mais ses auteurs utilisent eux aussi une quantité non négligeable d'idées et d'expressions tirées de leurs propres lectures (voir les cas d' Helvétius et de De Lolme). En matière de vocabulaire, le livre est donc à la fois récepteur et pourvoyeur. 

(2) Les moteurs de recherche sur internet sont en train d'ouvrir une immense carrière. Nous avons désormais à notre disposition des outils qui nous permettent de mieux comprendre les « révolutions du langage » au XVIIIe siècle. C'est l'un des objectifs que je me propose d'atteindre dans mes études sur Mariano Moreno. 

(*) Moreno connaissait Morellet puisqu'il traduira (en partie) les Observations sur la Virginie (1787), la version française des Notes on the State of Virginia de Thomas Jefferson [voir]. En août 1810, les commerçants anglais font une contribution à la nouvelle bibliothèque nationale fondée par Moreno ; dans la liste des ouvrages, on trouve le livre de ... Jean-Louis De Lolme. Il connaissait de même, cela va sans dire, l'Encyclopédie et les écrits de Condorcet.

Friday, July 19, 2013


AM | @HDI1780

"... secresy and dispatch... — George Washington

Time to drastically downgrade my claims about the precedence of Histoire des deux Indes as the source of the phrase secrecy and dispatch, widely used in America in the context of the executive power. I had forgotten to include John Adams's wonderful pamphlet "Thoughts on Government" (April 1776): "A representative assembly, although extremely well qualified, and absolutely necessary, as a branch of the legislative, is unfit to exercise the executive power, for want of two essential properties, secrecy and despatch."

Sorry about that! (Still, it's two steps forward, one step back).

* * *

Yet I remain confident about another claim: it was Diderot who first used these magic words in the context of the executive power [see]. Adams, a keen reader of Polybius, Encyclopédie and De Lolme, might have taken them from the English translation of The Constitution of England, and transmitted the idea back to Raynal in 1779. If this was indeed the case, then Raynal (and not Diderot) is the likely author of the changes introduced in the 1780 edition of HDI with respect to the government of England. (These passages do not feature in Laurent Versini's edition of Œuvres, Tome III).

Confusing? Sure. But the confusion only underlines the validity of another of my claims: ideas and rhetorical expressions circulated widely and ...very quickly! Anyway, here are more examples of the phrase secrecy and dispatch:

. Burke. "A detachment was sent to destroy a Magazine which the Americans were forming at a Village they call Concord. It proceeded with secrecy and dispatch." To Charles O'Hara, circa May 1775 [see].

. Raynal. "The expeditions are by these means carried on with greater secrecy and dispatch". This is interesting, because it comes from the 1776 translation of HDI published by J. Justamond in Dublin. This may be the edition so eagerly read by George Washington, and recommended to him by La Fayette. Note that the corresponding passage, by Alexandre Deleyre, does not refer to secret et célérité, but to "plus secretes & plus promptes" [see]. A Philosophical and Political History of the Settlements and Trade of the Europeans on the Continent of North America, Vol. 4. Dublin: 1776, p. 464 [see].

. Raynal. "Il résulte d'un ordre de choses si compliqué que les résolutions qui exigeroient le plus de secret & de célérité, sont nécessairement lentes & publiques" (xix.2, p. 91). This is the second instance in HDI 1780 where the words are explicitely used in the context of the executive power — in the Netherlands in this case.

. Grimm. "...le salut d'une puissance dépend souvent de la célérité de ses mesures ... l'éxécution des projets ... il lui faut du secret" (1757) [see]. See also Allan Ramsay's letter about Beccaria, translated by Diderot in 1766: "... la force et la célérité de la puissance éxécutrice" (p. 549).


Wednesday, July 17, 2013


AM | @HDI1780

"...en Angleterre, ce sont les deux chambres & le roi" — Diderot

Before the publication of the Federalist papers, the clearest statement about the advantages that a unitary executive derives from "secrecy and dispatch" comes from Histoire des deux Indes (xix.2, paragraph 82, p. 78) [see]. But who penned that paragraph? Denis Diderot or Guillaume-Thomas Raynal? With the help of GoogleBooks, I have searched previous works of Raynal, such as Histoire du Parlement d'Angleterre and Histoire du Stathoudérat, and I found no traces of secret, célérité.

* * *

I am pretty sure that the phrase comes from translations of Polybius's Histories. We find it in works by David Hume, Jean-Louis De Lolme, and others (*). But now look at Encyclopédie's article LÉGISLATEUR (1751), by Diderot: "...& c’est ici le triomphe du gouvernement monarchique ; c’est dans la guerre sur-tout qu’il a de l’avantage sur le gouvernement républicain ; il a pour lui le secret, l’union, la célérité, point d’opposition, point de lenteur." Diderot seems to be the only author —before the Federalist papers,— who mentions these magic words in the context of the executive power.

So it's Diderot!

It's time for some conclusions:

(1) Sources. Is Histoire des deux Indes a key source of the Federalist papers? The more I think about it, the more it seems to make sense. A good part of Madison's No. 10 seems to be based on Diderot's chapters 35 and 42 of Book xviii of HDI. (I presented that argument in my book). The same could be said of Hamilton's No. 70.

(2) Mixed government. As the editors of The Founders' Constitution put it, the single executive power is the point at which the old Greek theory of mixed governent and the modern theory of the separation of powers meet. Brilliant!

(3) Political thought. There is no such thing as a "pure" American, English or French political thought. Authors borrowed extensively from each other; books, pamphlets and letters crossed the Channel and the Atlantic in the same vessels that transported goods and ... human beings.

(4) Greek authors. In the end, the top Enlightenment thinkers were the ones that mastered their Latin and Greek sources; among other things, it gave them a key advantage in terms of the felicity of their rhetorical expression. Quick! Time to perform my exercises from Lesson four of 40 Leçons pour découvrir le grec ancien:

O κὀσµoς εστi µακρóς, etc.

(*) David Hume: "...such was the resolution, secrecy and dispatch with which he conducted this enteprise" (History of England) [see]; John Marshall: "....notwithstanding the secrecy and dispatch that were used..." [see]; Guillaume-Thomas Raynal: "L'exécution de ce projet exigeoit une grande célérité, un secret impénétrable..." (HDI 1780, vi.10); De Lolme: "...and military Messengers were sent with every circumstance of secrecy and dispatch..." [see].

Monday, July 15, 2013


AM | @HDI1780

"...resolution, secrecy, and dispatch... — David Hume

When it comes to constitutional principles, one of the most spectacular differences between the American and the French revolutions relates to the nature of the executive power. While most American writers favored a strong and unitary executive power —especially after the semi-anarchy of 1783-1787—, the vast majority of French writers called for a subordinated and plural executive. To the extent that its authors embraced the "English" view as described by Jean-Louis De Lolme, Histoire des deux Indes is something of an exception. In May 1791, Raynal himself, at the age of 78, courageously defended this position in Assemblée nationale, to the dismay of ... Maximilien Robespierre.

* * *

After spending an entire hour with Google Books' search functions and the words "secrecy, secresy, dispatch, despatch, célérité, secret", I have come to the (preliminary) conclusion that Histoire des deux Indes is indeed a key source of ... American constitutionalism! (I have already mentioned the striking similarities between Diderot and Madison: see). Ever since the constitutional debates of 1787-1788, the phrase secrecy and dispatch has played a major role in shaping the debates about the nature of the executive power. The phrase shows up in translations of Polybius, and was widely used by eigthteenth-century historians (*).

But it's HDI 1780 (xix.2, paragraph 82, p. 78) that provides the clearest modern definition of the broad features of a strong, unitary executive:

Toutes les histoires attestent que par-tout où le pouvoir exécutif a été partagé, des jalousies, des haînes interminables ont agité les esprits, & qu’une lutte sanglante a toujours abouti à la ruine des loix, à l’établissement du plus fort. Cette considération détermina les Anglois à conférer au roi seul cette espèce de puissance, qui n’est rien lorsqu’elle est divisée; parce qu’il n’y a plus alors, ni cet accord, ni ce secret, ni cette célérité, qui peuvent seuls lui donner de l’énergie.

American constitutionalism:

Alexander Hamilton. "That unity is conducive to energy will not be disputed. Decision, activity, secrecy, and dispatch will generally characterise the proceedings of one man, in a much more eminent degree, than the proceedings of any greater number; and in proportion as the number is increased, these qualities will be diminished." (Federalist No. 70, 1788). See also footnote 6 here: "...with all possible secrecy and dispatch".

. John Jay. "...perfect secrecy and immediate despatch are sometimes requisite [....] we heretofore suffered from the want of secrecy and despatch [...] those matters which in negotiations usually require the most secrecy and the most despatch". (Federalist No. 64, 1788).

. George Mason. Altough opposed to a one-man executive, Mason acknowledged that executive unity furthered "the Secrecy, the Dispatch, the Vigour and the Energy" of the government" [see].

. James Wilson. "The advantages of monarchy are strength, dispatch, secrecy, unity of counsel [...] Secrecy may be as equally necessary as dispatch. But can either secrecy or dispatch be expected, when, to every enterprise, mutual communication, mutual consultation are indispensably necessary?" See his "Speech in the Pennsylvania Convention", 24 November 1787 [see].

. George Washington. "I hope the business will be essayed in a full Convention—After which, if more powers, and more decision is not found in the existing form—If it still wants energy and that secresy and dispatch (either from the non-attendance, or the local views of its members) which is characteristick of good Government". George Washington to James Madison, 31 March 1787 [see].

. James Iredell. "One of the great advantages attending a single Executive power is, the degree of secrecy and dispatch with which, on critical occasions, such a power can act [...] From the nature of the thing, the command of armies ought to be delegated to one person only. The secrecy, despatch, and decision, which are necessary in military operations, can only be expected from one person", 1787 [see]

British writers:

. Richard Price. "Liberty, though the most essential requisite in government, is not the only one; wisdom, union, dispatch, secrecy, and vigour are likewise requisite; and that is the best form of government which best unites all these qualities [...] One of the best plans of this kind has been, with much ability, described by Mr. De Lolme, in his account of the Constitution of England" [see].

. Adam Ferguson. "Occasions on which the executive must be exerted, are either continual or casual; and in case of danger from abroad, require secrecy and dispatch [...] The resolutions of the executive require more secrecy and dispatch that can be had in any numerous or popular assemblies", Institutes of Moral Philosophy, 1786, pp. 202-203. 

. Adam Ferguson. "Of the functions of executive power, some are in continual exertion; others, wether casual or periodical, are only occasional. Some require great secrecy and dispatch; other admit of being publicly known, and may be the better directed for having been publicly discussed", Principles of Moral and Political Science, Vol. II. London: A. Strahan and T. Cadell, 1792, p. 485.

(*) "...par le secret & la célérité d'une marche inopinée & bien concertée", Histoire de Polybe. Amsterdam: 1751, p. 124 [see]; "...and Polybius, the historian, who was at Rome, was one of those who pressed him with the utmost warmth to put it in execution with secrecy and dispatch", The Antient History, Vol. VII. London: 1806, p. 341; "Mahomet étoit pénétré de cette maxime, que le secret et la célérité sont deux grands moyens pour réussir dans les grandes entreprises, et surtout dans celles de la guerre", Histoire du Bas-Empire. Paris: 1768. And much more to come...

Saturday, July 13, 2013


AM | @HDI1780

"L'esprit de philosophie qui distingue ce siècle" — De Lolme

More ruminations on the dramatic changes introduced in the 1780 edition of Histoire des deux Indes with respect to the notion of mixed government and the English constitution. In the 1774 edition, in a separate volume originally published as Tableau de l'Europe, Alexandre Deleyre makes an oblique reference to David Hume: "Un écrivain philosophe & politique, qui connoît la constitution de son pays, dit que la corruption est nécessaire, pour arrêter la pente du Gouvernement vers la démocratie ; & que le Peuple deviendroit trop puissant, si le Roi n'achetoit les Communes" (p. 23).

This is the well-known Humean idea of corruption as a counterpoise to the prerogatives of Parliament ("Of the independency of Parliament", 1741). Hume's influence is also felt in the choice of words: "L'ouvrage [...] du raisonnement & de l'expérience" (p. 23). But look at what happens in 1780. Gone are the implicit references to David Hume; his place has been taken by the (undeservedly) forgotten Swiss writer —and Rousseau's intellectual foe— Jean-Louis De Lolme [see] (*). Raynal introduced these changes with a sense of urgency. Indeed, De Lolme states that "chacun semble aujourd'hui tourner les yeux" towards the English Constitution.

* * * 

I can think of three main reasons to explain the choice of La Constitution de l'Angleterre as a better guide to the British political system:

(1) Influence. The book was tremendously successful and, by the time Raynal was preparing his own revision of HDI, a new edition had been published, as well as an influential English translation [see]. John Adams, who in 1779 discussed politics with Raynal on a regular basis while in Paris, called De Lolme's book "the best defence of the political balance of three powers that ever was written".

(2) Method. Almost thirty years had passed since the publication of Hume's essay. De Lolme's account was seen as more up-to-date; crucially, the Swiss author railed against any account of the British political system that was "purely speculative", a reference to the writings of the beau génie of Montesquieu and, one would think, of Hume himself (who is only quoted as the author of the History of England). The authors of HDI shared similar concerns with the excesses of esprit systématique.

(3) Language. In line with the overall progress of the "republican spirit" in the second half of the century, De Lolme avoids any mention of the mixed constitution. There is talk of équilibre and contrepoids, but old Greek categories such as aristocracy and oligarchy are barely mentioned at all. In fact, he was credited with the creation of a new terminology — which was bound to seduce the authors of HDI. [see].

(*) See David Wootton (ed.) The Essential Federalist and Anti-Federalist Papers. Indianapolis: Hackett Publishing Company, 2003, p. xxxiii.

Thursday, July 11, 2013


AM | @HDI1780

"...c'est la Puissance Royale qui est ce contrepoids" — De Lolme

I have already noted that, under pressure from events in North America, Guillaume-Thomas Raynal introduced some pretty significant changes to the 1774 edition of Histoire des deux Indes in the paragraphs devoted to England's "mixed government" (1, 2, 3). As it turns out, the 1780 revision is more extensive than I had originally thought. And it borrows heavily from the first edition of Jean-Louis De Lolme's La Constitution de l'Angleterre (Amsterdam, 1771):

La première singularité du Gouvernement de l'Angleterre, à titre d'Etat libre, c'est d'avoir un roi. (De Lolme, xi, p. 142).

La première singularité heureuse de la Grande-Bretagne est d’avoir un roi. (HDI 1780, xix.2, p. 75).


C'est en faisant un grand & un très-grand citoyen, qu'on a empêché qu'il ne s'en élevât plusieurs . (De Lolme, xi, p. 143).

En créant un très-grand citoyen, l'Angleterre a empêché qu’il ne s’en élevât plusieurs. (HDI 1780, xix.2, p. 75).

La seconde singularité que l'Angleterre, comme ne formant qu'un seul Etat & un Etat libre, offre dans sa Constitution, c'est la division de la Puissance législative. (De Lolme, xi, p. 162)

Un plus grand appui encore pour la liberté Angloise, c’est le partage du pouvoir législatif. (HDI 1780, xix.2, p. 75).

La grandeur des prérogatives... (De Lolme, xi, p. 150).

De cette grande prérogative...(HDI 1780, xix.2, p. 78).

Thereafter, Histoire des deux Indes gently drifts away from De Lolme. Still, the text includes a crucial statement on the executive power, possibly taken from the 1775 English translation of De Lolme, which features two words —secret, célérité, secrecy, dispatch— that will inspire America's founding fathers and their views on the nature of the executive branch [see]:

Toutes les histoires attestent que par-tout où le pouvoir exécutif a été partagé, des jalousies, des haînes interminables ont agité les esprits, & qu’une lutte sanglante a toujours abouti à la ruine des loix, à l’établissement du plus fort. Cette considération détermina les Anglois à conférer au roi seul cette espèce de puissance, qui n’est rien lorsqu’elle est divisée; parce qu’il n’y a plus alors, ni cet accord, ni ce secret, ni cette célérité, qui peuvent seuls lui donner de l’énergie (HDI 1780, xix.2, p. 78) (*).

(*) De Lolme: "...with every circumstance of secrecy and dispatch" (1784, xvii). I have been unable to find a Google Books-digitized version of the 1775 English edition. In 1778, Richard Price credited De Lolme with this definition of good government: "...wisdom, union, dispatch, secrecy and vigour" [see]. These magic words also feature in Adam Ferguson's Essay on the History of Civil Society (1767) although, again, I have been unable to find the original version of that book.


Sunday, July 7, 2013


« Plus qu'à la séparation des pouvoirs, il croit à la limitation des pouvoirs » — Elisabeth et Robert Badinter

AM | @HDI1780

J'essaie de toujours citer soigneusement mes sources. Même si cela faisait longtemps que je méditais quelques lignes sur Condorcet et l'indépendance, je me rends compte maintenant que le déclic est arrivé après la lecture de l'excellent article de Lorraine Datson (*). La notion d'indépendance est, selon Mme Datson, la pierre angulaire de la pensée de Condorcet :

What lumières made possible, according to Condorcet, was independence: the homme éclairé knew his rights before the law, enough mathematics and science not to be duped by charlatans or scarified by priests, and the difference between fact and opinion [...] The kind of life made possible by independence is a recurring theme in Condorcet's writings [...] But what made independence not just desirable, but virtuous? The answer must be framed largely in negative terms, as a reply to the converse question: what made dependence vicious? Condorcet assumed that dependence, whether financial or intellectual, inevitably corrupts both parties to the relationship. 

Credit where credit is due!

* * * 

Cela dit, ce qui m'intéresse vraiment dans les écrits de Condorcet (mis à part l'innovation), c'est la conception de l'indépendance de la justice, du Trésor, et de la banque chargée d'émettre les assignats. Voici le Plan de Constitution présenté à la Convention Nationale (1793) au sujet de l'indépendance de la justice : « L' indépendance absolue des fonctions judiciaires est le bouclier le plus impénétrable de la liberté, puisqu'elle garantit la vie et les biens des citoyens contre les atteintes de tous les pouvoirs qui pourraient affecter la tyrannie » (*).

Or, l'un des critères de l'indépendance des juges est la stabilité de leur poste. (C'est le fascinant problème du tenure, sur lequel je reviendrai). Dans la « Vie de M. Turgot » (1786), Condorcet rapporte ces propos de son ancien mentor : « Il pensoit que le Roi doit à ses sujets des tribunaux de Justice composés d'hommes ayant les qualités que les lois exigent pour les remplir, indépendants dans le cours de leurs fonctions de toute révocation arbitraire.» (p. 15). Cette idée est reprise dans le Plan de Constitution : « Les juges ne pourront être destitués que pour forfaiture légalement jugée, ni suspendus que par une accusation admise. »  (x.7)

(*) Lorraine Datson: "Condorcet and the Meaning of Enlightenment", Proceedings of the British Academy 151 (December 2007): 113-34.

Saturday, July 6, 2013


« La politique absorbe tout » — Condorcet

AM | @HDI1780

Je suis frappé, en lisant Condorcet, par l'importance qu'il attribue à la notion d'indépendance. (J'écris ces lignes à la hâte, et j'aurai sûrement l'occasion de revenir sur cette question). Pour s'en convaincre, il suffit de charger le moteur de recherche de Google Books sur cette édition de l'Esquisse (1795) avec les mots « indépendance, indépendant, indépendante » :

...les progrès de [la] perfectibilité [de l'homme], désormais indépendante de toute puissance qui voudroit les arrêter, n'ont d'autre terme que la durée du globe dans lequel la nature nous a jetés (p. 4) [...] laissoit à l'esprit humain, chez les Grecs, une indépendance, garant assuré de la rapidité et de l'étendue de ses progrès (p. 71) [...] cette opinion  d'une idée éternelle du juste, du beau, de l'honnête, indépendante de l'intérêt des hommes... (p. 107)

Et ainsi de suite. N'oublions pas que Condorcet annonce ici « l'indépendance du nouveau monde » (p. 314) qui devrait avoir lieu « bientôt » — ce qui ne manquera pas de frapper les lecteurs du Río de la Plata comme Mariano Moreno, un de ses premiers traducteurs à l'espagnol. Un autre texte où la notion d'indépendance revient à de nombreuses reprises est le Rapport sur l'instruction publique (avril 1792):

...les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu'il est possible de toute autorité politique ; et comme, néanmoins, cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du même principe, qu'il faut ne les rendre dépendants que de l'Assemblée des représentants du peuple, parce que, de tous les pouvoirs, il est le moins corruptible, le plus éloigné d'être entraîné par des intérêts particuliers, le moins ennemi du progrès des lumières.

En fait, dans tous ses écrits, Condorcet souligne, d'une manière ou d'une autre, l'importance de l'indépendance. Une hypothèse : c'est l'étude des mathématiques qui lui insuffla ce goût de l'indépendance.  Dans une addition à l'article INTÉGRAL (CALCUL) de d'Alembert, publiée dans le tome 18 de l'édition de 1788 de l'Encyclopédie, il écrit : « M. d'Alembert est le premier qui ait donné d'une maniere rigoureuse & indépendante de toute hypothèse arbitraire les loix du mouvement des corps dont chaque partie est animée de forces différentes » (p. 887).

* * * 

Tout ceci est, à mon avis, d'une importance capitale. Car ces idées-là seront reprises, en pleine Révolution, au sujet de l'indépendance de la justice et de l'indépendance de ... la banque centrale ! Bien sûr, il n'y a pas encore de banque centrale, mais dès 1790 Condorcet plaide pour l'indépendance de l'institution financière chargée d'émettre le papier-monnaie :

Moins une nation a de crédit, plus une banque est obligée d'en avoir un qui soit indépendant ; et que par conséquent plus une nation peut avoir besoin de se servir d'une banque, plus il est important que les affaires de cette banque soient séparées des affaires publiques... Une banque ne doit, ne peut jamais être un établissement national (*).

(*) « Sur les opérations nécessaires pour rétablir les finances », 1790, Œuvres complètes de Condorcet, Vol. 30. Paris: Henrichs, 1804, p. 44. Voir aussi, à ce sujet, les remarques de Elisabeth et Robert Badinter. Condorcet (1743-1794). Un intellectuel en politique. Paris : Fayard, 1988.


Por Agustin Mackinlay | @agumack

Este ensayo obtuvo el Premio Jockey Club en homenaje a la Revolución de Mayo en 2010, junto a un trabajo del Dr. Patricio Clucellas. Desde entonces he encontrado muchas más novedades sobre las fuentes consultadas por Mariano Moreno. Algunas ideas expuestas en este ensayo deberán ser re-elaboradas. Actualmente estoy reconstruyendo —a más de doscientos años de distancia, y gracias a técnicas de "humanidades digitales"— el Cuaderno de Lecturas del prócer de Mayo (1, 2, 3). Ver I.

El gran “best-seller” del siglo XVIII

La obra clave para entender las ideas de Mariano Moreno lleva por título Histoire philosophique et politique des Établissements et du Commerce des Européens dans les deux Indes. Se la conoce generalmente como Historia de las dos Indias; su autor es el abate Guillaume-Thomas Raynal (1713-1796), una figura importante de la Ilustración europea. Amigo de los cuatro “grandes” del Siglo de las Luces francés –Montesquieu, Voltaire, Rousseau y Diderot– Raynal trabaja durante décadas reseñando libros y panfletos en el ferviente ambiente literario del París ilustrado [3]. Hacia 1760, el ex-jesuita concibe la gran idea de su vida: escribir la historia de las colonias de los países europeos desde los grandes descubrimientos. Raynal pasa diez años acumulando datos; lee centenares de libros y de relatos de viajes; teje redes de información en los ministerios franceses; envía cuestionarios a escritores y a funcionarios coloniales en toda Europa; entra en contacto con financistas y comerciantes – en particular del Sur de Francia, de donde es originario.

El abate se toma el trabajo de describir la historia de cada descubrimiento; la producción y la distribución de cada bien; la situación geográfica de cada puerto; la política, la religión, el derecho y las costumbres de cada región del globo que participa en el comercio mundial. ¡Es una verdadera enciclopedia del colonialismo! Para dar mayor coherencia a las nuevas versiones que prepara, Raynal contrata a los enciclopedistas Alexandre Deleyre y Denis Diderot. Este punto es de fundamental importancia para nosotros, porque estos escritores ejercerán una enorme influencia sobre las ideas de Mariano Moreno. Alexandre Deleyre (1727-1797), conocido por dos importantes artículos para la Enciclopedia de d’Alembert y Diderot (“Alfileres” y “Fanatismo”), escribe en 1774 el Tableau de l’Europe que Raynal incorpora como Libro XIX a la segunda edición de la Historia de las dos Indias.

Al redactar en 1809 la Representación de los hacendados, Mariano Moreno “devorará” este importante texto. Pero la influencia de la Historia de las dos Indias sobre los líderes independentistas de América –“Tiradentes”, Toussaint Louverture, Mariano Moreno, Simón Bolívar– se debe a la decisiva participación de Denis Diderot en la edición de 1780. Publicada en Ginebra, la tercera edición de la Historia de las dos Indias genera un revuelo fenomenal. Condenada en 1781 por el Conseil de Luis XVI, por la Sorbona y por el Parlamento de París, el libro se transforma en uno de los mayores éxitos editoriales del siglo. Circulan decenas de ediciones oficiales y “piratas”; en París, el enviado de los Estados Unidos Benjamin Franklin debe pagar 175 libras por un ejemplar en el mercado negro. Diderot (que permanece anónimo) reescribe secciones enteras de la obra.

El philosophe se ha convertido en un ferviente admirador de los “rebeldes” de los Estados Unidos, cuya revolución está en curso. Sus ideas políticas se han radicalizado. Hacia 1780, Diderot ha dejado de creer en la posibilidad del “despotismo ilustrado”; se ha propuesto transformar la Historia de las dos Indias de Raynal en una verdadera “Máquina de guerra” contra el despotismo, la esclavitud, y el sistema colonial basado en las explotaciones monopólicas de las potencias europeas [4]. La nueva edición contiene una sección entera dedicada a la revolución de Norteamérica. Percibiendo el interés de toda Europa por estos acontecimientos, Raynal re-edita esta sección en un volumen aparte bajo el título Revolución de América (1781). ¡Es otro “best-seller”!

La Historia de las dos Indias cuenta con lectores del mundo entero. En Gran Bretaña la estudian Burke, Walpole y Smith; éste último la utiliza ampliamente para su Riqueza de las Naciones. En España, la obra es leída con una mezcla de admiración y preocupación; el duque de Almodóvar la traduce parcialmente (con aprobación del censor Gaspar M. de Jovellanos); mientras tanto, el ministro de Indias José de Gálvez sufre un ataque de nervios cada vez que se la menciona. En Francia la comentan Turgot, Condorcet, Chastellux y La Fayette. En Weimar, Goethe organiza “clubs de lectura” de la Historia de las dos Indias, y el periodista Jakob Mauvillon la traduce al alemán. En Estados Unidos, el libro figura en las bibliotecas de Washington, Franklin, Adams, Jefferson y Paine [5]. ¡Nadie interesado en el comercio y la política internacional puede dejar de leerlo! Lo compran hasta los negociantes de esclavos, atraídos por las profusas estadísticas comerciales.

Mariano Moreno, lector de Alexandre Deleyre

Moreno lee la Historia de las dos Indias durante sus años de estudiante de derecho en Chuquisaca (1799-1803). Lo sabemos por el relato de su hermano Manuel [6]. El canónigo Matías Terrazas, poseedor de una formidable biblioteca en la docta ciudad del Alto-Perú, le abre las puertas de sus salones “adornados con elegancia y gusto”. Protegido por Terrazas, el joven porteño da rienda suelta a su afición “à la lectura y al estudio”. Todos los biógrafos destacan su vocación por el estudio. Moreno es acaso el mayor representante rioplatense de la formidable Lesefieber o fiebre de lectura que se apodera de Occidente a partir del siglo XVIII [7]. Norberto Piñero menciona su “amor por el estudio”; Eduardo Dürnhöfer pone de relieve su “innata vocación por el estudio”; Enrique Ruiz-Guiñazú lo califica de “lector insaciable”.

Es importante entender la novedad de lo que está sucediendo. A partir de la segunda mitad del siglo XVIII, la difusión a bajo costo de literatura crea una oportunidad inédita para jóvenes sedientos de información y conocimiento. La revolución del libro anticipa la inminente revolución industrial: los formatos se hacen más accesibles –más pequeños y livianos– lo que permite una “socialización” de la lectura. Muchos padres se preocupan por una pasión que no alcanzan a entender –– exactamente como sucede hoy con internet. Manuel cuenta cómo su padre, don Manuel Moreno Argumosa, se ve obligado a “impedirle [a Mariano] que prosiguiese su estudio en las horas regulares del descanso”.

¡Leer es la pasión dominante de Mariano Moreno!

* * *

La digitalización de la Historia de las dos Indias abre una ventana única al mundo íntimo de Moreno: por primera vez en los estudios sobre el prócer, estamos en condiciones de precisar el sentido de su actividad como lector de uno de los libros más influyentes del siglo XVIII. La primera referencia a la Historia de las dos Indias aparece en la Representación de los hacendados (1809). Aunque no cita al autor por razones de prudencia, Moreno lo define como “el más fecundo ingenio de nuestro Siglo” [8]. En su alegato a favor del libre-cambio, el letrado porteño utiliza una serie de fragmentos del Tableau de l’Europe de Deleyre. Esta es solamente una muestra de pasajes que hemos cotejado con ayuda de buscadores de internet:

Entonces, dice el más fecundo ingenio de nuestro Siglo, entonces és quando la Divinidad contempla con placer sus criaturas, y no encuentra motibos que le hagan arrepentir de habér criado al Hombre (Fragmento de Moreno).

C’est alors, peut-être, que la divinité contemple avec plaisir son ouvrage, & ne se repent pas d’avoir fait l’homme (Historia de las dos Indias, xix.6).

...innumerables Barcos cubrirán nuestras radas... (Fragmento de Moreno).

…les vaisseaux, les productions, les marchandises, les négocians de toutes les contrées de la terre rempliront ses ports… (Historia de las dos Indias, xix.6).

...por mil canales se derramarán entre nosotros las semillas de la poblacion y de la abundancia (Fragmento de Moreno).

…toutes les sources de la population & de la volupté, pour les verser par mille canaux sur la face du monde (Historia de las dos Indias, xix.6).

…los títulos que legitiman esta traba destructora...(Fragmento de Moreno).

…dans ces entraves destructives... (Historia de las dos Indias, xii.13).

Deberian cubrirse de ingnominia los que creen...;...el mal és irremediable...(Fragmento de Moreno).

Son nom passeroit aux siècles à venir couvert d’ignominie; ...le mal sans remède... (Historia de las dos Indias, xix.6).

El primer debér de un Magistrado és fomentar por todos los medios posibles la publica felicidad. (Fragmento de Moreno).

Le bonheur public est la première loi, comme le premier devoir. (Historia de las dos Indias, xviii.42).

A la imperiosa ley de la necesidad ceden todas las Leyes (Fragmento de Moreno).

Il est tems que les loix prohibitives plient sous l’impérieuse loi de la nécessité. (Historia de las dos Indias, xii.40).


Esta muestra alcanza para comprender que Mariano Moreno lee la Historia de las dos Indias (y su anexo, el Tableau de l’Europe) con una formidable intensidad. Traduce a Deleyre, lo parafrasea, lo re-escribe. No se trata de una lectura casual, sino de una auténtica absorción y apropiación del texto. Para entender este fenómeno debemos recurrir a los especialistas en historia de la lectura en el siglo XVIII y XIX, y en particular al concepto de lectura “intensiva” y “extensiva” [9]. Moreno lee de manera “extensiva”: busca información efímera y general sobre una amplia gama de temas a través de panfletos, gacetas y revistas. Pero también lee de manera “intensiva”: subraya pasajes, toma notas y memoriza secciones de obras selectas como la Historia de las dos Indias.

El objetivo de esta lectura es doble: por un lado, amplía su vocabulario y mejora su estilo literario; por otro lado, comienza a forjar los principios de una acción política concreta. Antes de analizar este último punto en más detalle, debemos señalar dos elementos adicionales. En primer lugar, investigadores modernos están redescubriendo la relevancia del Tableau de l’Europe. El historiador alemán Volker Steinkamp no duda en calificar el texto de Deleyre como una de las obras más representativas del Iluminismo, “injustamente olvidada”; para ilustrar esta idea, Steinkamp cita precisamente el fragmento que Moreno re-escribe en la Representación de los hacendados [10]. En segundo lugar, notamos que la utilización del Tableau de l’Europe no se limita a la época de Moreno previa a la Revolución de Mayo.

El texto de Deleyre reaparece en un importante pasaje de la Gazeta Extraordinaria del 6 de noviembre de 1810, su “testamento político”. Este pasaje, dedicado a Inglaterra y al equilibrio de poderes, reproduce los párrafos 78 y 98 del segundo capítulo del Tableau de l’Europe. Este hallazgo confirma que Moreno no se desprende en ningún momento de la Historia de las dos Indias, su libro de cabecera. Conoce la obra como estudiante en Chuquisaca, la profundiza como abogado en Buenos Aires, y la utiliza como redactor de la Gazeta.

¡Jamás la abandona!

[3] La biografía más reciente de Raynal es la de Gilles Bancarel. Raynal ou le devoir de vérité. París: Honoré Champion, 2004.

[4] La expresión “Máquina de guerra” para designar la Historia de las dos Indias es de Hans Wolpe. Ver su libro Raynal et sa machine de guerre: l’Histoire des deux Indes et ses perfectionnements. Paris: Médicis, 1956.

[5] Ver Paul Benhamou: “La diffusion de l’Histoire des deux Indes de 1770 en Amérique”, en Gilles Bancarel & Gianluigi Goggi (eds.) Raynal, de la polémique à l’histoire. Oxford: Voltaire Foundation, 2000, p. 307. La Biblioteca del Congreso de los Estados Unidos reproduce, en su páginas web, las notas de lectura de George Washington.

[6] Manuel Moreno. Vida y Memorias del Doctor Don Mariano Moreno. Buenos Aires: Casa Vaccaro, 1918, p. 59.

[7] Sobre este punto, ver Roger Chartier: “Reading and reading practices” en Alan Charles Kors (ed.) Encyclopedia of the Enlightenment. Oxford University Press, 2003, Vol. 3, pp. 399-404.

[8] Los pasajes de la Representación de los hacendados están tomados de la edición de Ricardo Levene: Mariano Moreno. Escritos, II. Buenos Aires: Ediciones Estrada, 1956, pp. 3-89.

[9] Ver Carla Hesse: “Print culture in the Enlightenment”, en Martin Fitzpatrick, Peter Jones, Christa Knellwolf & Iain McCalman. The Enlightenment World. Londres y Nueva York: Routledge, 2004, p. 370.

[10] Volker Steinkamp. L’Europe éclairée. Das Europa-Bild der französischen Aufkärung. Frankfurt am Main: Vittorio Klostermann, 2003, pp. 133-147.

Monday, July 1, 2013


Por Agustin Mackinlay | @agumack

Este ensayo obtuvo el Premio Jockey Club Buenos Aires en homenaje a la Revolución de Mayo en 2010, junto a un trabajo del Dr. Patricio Clucellas. Desde entonces he encontrado muchas más novedades sobre las fuentes consultadas por Mariano Moreno. Algunas ideas expuestas en este ensayo deberán ser re-elaboradas. Estoy reconstruyendo —a más de doscientos años de distancia, y gracias a técnicas de "humanidades digitales"— el Cuaderno de Lecturas del prócer de Mayo (123).


A doscientos años de la Revolución de Mayo, la digitalización de obras del siglo XVIII y comienzos del XIX está ampliando las fuentes disponibles para el estudio del evento que marca el nacimiento de nuestra patria. Este ensayo presenta los hallazgos más recientes sobre las fuentes estudiadas por Mariano Moreno, la figura emblemática de la política rioplatense en 1810. Gracias a los buscadores de internet, hemos logrado individualizar decenas de referencias de Moreno a una serie de autores que hasta ahora habían permanecido sin aclarar. Por primera vez en los estudios sobre Moreno, presentamos las pruebas del fenomenal impacto de la Historia filosófica y política del comercio en las dos Indias, el libro del abate Guillaume-Thomas Raynal, sobre las ideas del prócer de Mayo. También hemos detectado la presencia de otros autores utilizados por Moreno para redactar los artículos de la Gazeta de Buenos-Ayres.

La importancia de estos hallazgos puede medirse en varias dimensiones. En primer lugar, nos permiten demostrar –fuera de toda duda– el apego de Moreno a la libertad comercial, al federalismo, a los frenos y contrapesos institucionales y al respeto de las formas judiciales. En segundo lugar, nos permiten refutar el mito que atribuye al filósofo ginebrino Jean-Jacques Rousseau un peso decisivo en la formación de sus ideas políticas. Gracias a los avances en materia de digitalización, comprobamos que Moreno no utiliza a Rousseau en la Gazeta Extraordinaria de Buenos-Ayres del 6 de noviembre de 1810, su escrito más importante sobre temas constitucionales. Ciertamente, Moreno conoce a Rousseau y valora el aporte del Contrato social en el momento de la ruptura con España.

Pero el prócer está más interesado en la fundación que en la ruptura. Y desde esta perspectiva, Rousseau ofrece muy poco. Por eso Moreno se apoya en otros autores: Montesquieu, Mably, Deleyre y Diderot (co-autores de la Historia de las dos Indias), Helvétius y Jefferson. Estos escritores favorecen una organización política basada en el gobierno mixto y en el equilibrio de poderes –– un enfoque muy distinto al de Rousseau. La genialidad de Moreno consiste en presentar estas ideas en un lenguaje nuevo, a tono con la cultura política igualitaria que prevalece en el mundo atlántico hacia 1810.

Plan del ensayo

El ensayo consta de tres capítulos. El primero está dedicado a un análisis sistemático de la influencia de la Historia de las dos Indias sobre las ideas de Moreno. El Secretario de la Junta lee este libro con pasión. Su vocabulario, su técnica literaria, sus ideas políticas –y hasta su actuación al frente de la Junta– muestran el tremendo impacto de esta obra. El segundo capítulo ofrece un análisis párrafo por párrafo de la Gazeta Extraordinaria del 6 de noviembre de 1810, el texto más importante de Moreno en materia de constitucionalismo. Aplicando buscadores de internet, llegamos a varios resultados sorprendentes. Entre otros hallazgos, comprobamos la ausencia de Rousseau y del Contrato social. También estudiamos en detalle la larga cita de Thomas Jefferson en la Gazeta del 1 de noviembre. Resolviendo algunos enigmas que presenta el artículo, podemos aclarar de manera definitiva las ideas de Moreno en materia de federalismo.

El tercer capítulo está dedicado a la relación Moreno-Rousseau. Examinamos las razones por las cuales Moreno invoca al pensador ginebrino. Mejor que sus contemporáneos Gaspar Melchor de Jovellanos y John Adams, el Secretario de la Junta del Río de la Plata entiende la futilidad de antagonizar al autor del Contrato social. Aunque lo utiliza poco, se refiere generalmente a Rousseau en términos elogiosos. Esto le permite presentar el ideal de los frenos y contrapesos institucionales de una manera moderna, sin referirse a las divisiones entre “estamentos” o clases sociales que tantos problemas causaban a Jovellanos en España y a Adams en los Estados Unidos. Moreno intenta explicar el equilibrio de poderes sin ofender la sensibilidad igualitaria de la época. ¡Allí está precisamente su genialidad! Finalmente, la conclusión del ensayo ofrece unas reflexiones sobre el sorprendente grado de conectividad del Río de la Plata hacia 1810.

* * *

Estamos convencidos que los hallazgos aquí presentados constituyen excelentes noticias para los defensores del buen gobierno en la Argentina. Mariano Moreno es una de las figuras más populares en el imaginario colectivo del país. Lo muestran las encuestas. Si logramos aclarar el verdadero sentido de sus ideas políticas –y si logramos disipar el mito de la decisiva influencia rousseauniana– entonces dispondremos de una nueva plataforma para explicar la importancia del equilibrio de poderes, de la independencia judicial, del federalismo, del respeto por las formas judiciales y del comercio libre. ¡Porque son las ideas defendidas por Mariano Moreno! En momentos en que se cuestiona la popularidad de otros representantes históricos del buen gobierno –Alberdi, Sarmiento, Mitre–, la oportunidad que ofrece la figura de Moreno no debe ser desaprovechada.

Capítulo 1 

Humanismo comercial: Moreno lector de la Historia de las dos Indias 

Para el estudioso de las ideas políticas de Mariano Moreno, la digitalización de las obras de autores del siglo XVIII y de comienzos del siglo XIX depara enormes sorpresas. Autores que hasta ahora se estimaban “secundarios” pasan a un primer plano: es el caso de Raynal, Diderot, Deleyre, Mably y Helvétius. Inversamente, autores que se suponía “fundamentales” en la formación de las ideas de Moreno pasan a un segundo plano: es el caso de Rousseau y de Jovellanos. Este capítulo sintetiza la influencia de la Historia de las dos Indias, el libro de Guillaume-Thomas Raynal, sobre el pensamiento de Mariano Moreno. Prácticamente todas las ideas políticas y todos los principios que guían su actuación encuentran su expresión original en este “best-seller” del siglo XVIII [1].

Este hecho, notable por sí solo, es aún más sorprendente si tenemos en cuenta que la Historia de las dos Indias ha pasado desapercibida por los especialistas sobre Moreno. Ricardo Levene apenas la menciona (y deletrea mal el nombre del autor); Enrique de Gandía la confunde con escritos de Rousseau; Enrique Ruiz-Guiñazú y Eduardo Dürnhöfer la ignoran. En cuanto a los historiadores contemporáneos, tampoco parecen haber percibido la influencia decisiva de este libro sobre las ideas políticas y económicas del Secretario de la Junta de Mayo. Este descuido tiene una explicación: la Historia de las dos Indias comprende diez volúmenes y cerca de 5 mil páginas – y aún no disponemos de una edición moderna completa [2]. Sin los esfuerzos de digitalización llevados adelante por la Bibliothèque Nationale de Francia y por empresas privadas de internet, los hallazgos que aquí presentamos tendrían que haber esperado muchos años más.


[1] Talleyrand se referirá a la Historia de las dos Indias como “[tal vez] el libro más leído del siglo XVIII”.Mémoires 1754-1815. Paris: Plon, 1982, p. 81.

[2] La Fundación Voltaire, en Cambridge, está actualmente editando la primera publicación moderna de laHistoria de las dos Indias [ver].